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On va faire dans le classicisme absolu avec Jeff Buckley,
fils du également très bon Tim Buckley. Il a hérité de ce denier une voix franchissant
les octaves avec une facilité déconcertante et portant beaucoup de fragilité. Des
chansons d'une beauté dramatique faisant preuve d'une sensibilité folle. Car plus encore
que le formidable chanteur on retiendra le compositeur. Imaginez, si vous ne le connaissez
pas, Led Zep avec une voix parfaitement pure et des chansons merveilleuses, plus bleues
que tous les blues, des mélodies lunaires, hors toute convention. Et ce terrain inconnu
qui nous paraît alors si familier.
Mort après son premier album, un double album moins abouti et même non abouti sortit.
Mais malgré ses défauts il constitue un ultime témoignage poignant du talent d'un homme
talentueux. Des bouts de composition, bruts, sans formatage mais tout le génie affleure,
fait frois dans le dos.
Un article de Rock & Folk, que nous citons rarement, disait avec grande sincérité
le désespoir de son auteur, arrêtez tout, n'essayez plus rien, vous n'y arriverez pas.
Rares sont ceux qui sont faits pour ce qu'ils font (Rocco Sifriedi, Gandi, Hitler, Dany
Brillant) et lui en était. Jeff Buckley, c'est la musique et plus largement l'art, dans
ce qu'il a de plus inexplicable. S'il n'y a pas de définition satisfaisante, soyons au
moins certains qu'on a des exemples.
Reviens Jeff, ils n'ont rien compris, personne ne t'a suivi. Tu es l'ange touché par
la grâce. Tu as tant à donner. |